Bonne gouvernance/Kaba Nialé enfonce le pouvoir en place

Pour comprendre l’histoire d’un pays et vérifier la qualité de sa gouvernance, il faut interroger les archives de sa mémoire collective. Mais comprendre l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, il faut interroger Kaba Nialé.

 Un adage africain ne dit-il pas que « le mensonge prend l’ascenseur, mais la vérité le rattrape toujours ». Alors que la question de la corruption, du rattrapage ethnique, du tribalisme et de la mauvaise gouvernance est débattue dans un dialogue de sourds entre l’opposition et la majorité sur fond de la crise de l’école, nous avons voulu comprendre, le présent de notre pays. Nelson Zemin, après avoir tendu sa plume a l’histoire politique récente de la cote d’ivoire, fait le point avec son frère Degba (décourage).

Si l’habit ne fait pas le moine, le mensonge ne fait pas la démocratie, bonjour !

Mon cher Degba,

L’histoire a ceci d’extraordinaire qu’il nous rappelle les moindres traces de nos actes et paroles sans rides ni masques. Ce que je vais te raconter est quand même satirique ou divertissant, devrais-je dire, mon frère. Comme tu le sais, j’aime bien, après un évènement politique qui fait bourdonner la toile, j’essaie de trouver autre chose pour consommer différemment l’actualité. Je ne voulais pas rechercher les miettes d’information au sujet de la rencontre entre Laurent Gbagbo et Affi N’guessan, avortée pour cause d’orgueil et de calcul politicien.

Je ne voulais pas savoir pourquoi on a planté Affi N’guessan à Paris ni pourquoi Laurent Gbagbo n’a pas exprimé ses conditions a Affi avant que le pauvre n’investisse en frais de billets d’avion et d’hébergement et autres commodités de voyage. Dans mes promenades virtuelles, voilà que je tombe sur un débat d’entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2010 en Côte d’ivoire. Tiens je t’en parle.

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Ce débat qui existe aux archives de votre télévision nationale est une mine d’or. il avait opposé le professeur Mamadou Koulibaly et William Atteby pour le compte de la majorité présidentielle de l’époque, au professeur Séka Séka et Kaba Nialé du Rdr, dans l’opposition. Ce qui m’a marqué dans le débat, ce n’est pas tant la pertinence de Mamadou Coulibaly ni l’éloquence percutante d’Attéby William, encore moins l’innocence coupable de Séka Séka. C’était Kaba Nialé mon coup de cœur.

Je ne sais pas comment elle réagirait aujourd’hui si on lui opposait ses propos d’il y’a neuf  (9) ans. Sur la question du tribalisme, j’ai apprécié sa réponse tant elle reflète la réalité de notre pays et les pratiques du gouvernement auquel elle appartient.

« La question du tribalisme, c’est grave à tous égards » reconnait-elle, avant de renchérir, « d’abord, ce n’est pas les plus méritants. Vous ne pouvez pas faire évoluer une société, une économie sur la base des connaissances, des frères (…) il faut des ressorts pour amener les gens à donner le meilleur d’eux-mêmes (…) et lorsque vous mettez les cousins, les frères et les parents et les partisans aux postes à responsabilité, qu’est-ce que ça donne ? Une économie sans contrôle, une économie ou on ne corrige aucune irrégularité. Mais ce sont les mêmes qui s’enrichissent. Et cela crée des déséquilibres de toutes sortes, qui ne sont justement pas de nature à ramener les conditions d’un Etat fort, d’un Etat de droit ». Kaba Nialé reconnaitra aujourd’hui que ce sont eux, les mêmes qui s’enrichissent depuis huit (8) ans, dans une économie sans contrôle dans un pays ou cela crée de nombreux déséquilibres visibles à travers les mouvements sociaux. Ave maria Kaba !

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Kaba Nialé et l’administration Ouattara ont réalisé la prophétie de la ministre du plan

Ses propos, comme la prophétie d’une fervente croyante, ont trouvé un écho favorable auprès du sort, qui lui s’est chargé de les réaliser aujourd’hui. N’est-ce pas beau la foi sans les actes ?

Le Rdr ou encore le Rhdp- unifié si tu veux, a fait exactement ce que Kaba Nialé reprochait au pouvoir en place en 2010. Le pouvoir a un effet amnésiant, tu peux me croire. Regarde les nominations à la tête des ministères de l’administration Ouattara, les admissions aux concours directs d’entrée à la fonction publique, les nominations dans l’armée. Mais je vais t’épargner une corvée que tu pourras te donner la peine de faire plus tard.

Jette un coup d’œil ici, Hamed Bakayoko, ministre de la défense et cousin de Youssouf Bakayoko, président de la commission électorale indépendante. N’est-ce pas là les signes de la démocratie-? Au port d’Abidjan, on fait aussi la bonne gouvernance. Si elle n’est pas directrice du port autonome d’Abidjan, l’influence de la sœur cadette du premier ministre Amadou Gon, Djénéba Gon Okou Coulibaly, directrice des communications, est réel. Elle a même pesé dans la nomination de l’actuel directeur général de l’institution. Dois-je encore rappeler l’expertise de la famille Folloroux, belle fille, beau fils et épouse du Président Alassane Ouattara qui trône sur des pans entiers de l’économie ?

Je pense que tu l’auras compris. La démagogie a justifié l’élection de gens qui deviennent subitement amis et porte-paroles du peuple, experts en propositions chatoyantes et spécialistes en critiques acerbes contre leurs adversaires, en périodes électorales.

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Tiens, ils avaient aussi parlé de moralisation de la société ivoirienne en luttant contre la dépravation des mœurs, vieilles rengaines ! Tu es d’accord que l’école est le lieu où ce projet devrait se réaliser, n’est-ce pas ? Mais je ne t’apprends rien du tout ; tu étais allé la semaine dernière faire libérer ton neveu au commissariat. Le malheureux avait été enfermé pour avoir manifesté contre l’absence de cours qui dure maintenant neuf (9) semaines. Enfermé pour son droit à l’éducation. Ils doivent être fiers d’avoir atteint cet objectif. Nos enfants sont plus pervers aujourd’hui que jamais auparavant en Côte d’ivoire. Les microbes (enfants délinquants et agresseurs) sont aujourd’hui un phénomène social que le gouvernement caresse pendant qu’ils tuent, pillent et volent dans le pays. ne dit-on pas que dieu exauce les prières ? Le mensonge s’est accompli !

Cher Degba, je vais m’arrêter ici et te laisser en compagnie d’Antoine de Saint-Exupéry qui te dit : « la démagogie s’introduit quand, faute de commune mesure, le principe d’égalité s’abâtardit en principe d’identité ». As-tu compris quelque chose ?

Source : Afriquesur7 avec africadaily.info