Vente de portions de terre en pays Baoulé/Le spectre de la pauvreté gagne du terrain
Par Ablizangoh Wakatê/afriquematin.net
Berceau historique et culturel, le pays baoulé, vit une mutation silencieuse mais profonde. La vente de portions de terre, autrefois un recours exceptionnel, est devenue un phénomène courant. Mais derrière ce flux financier immédiat se profile une inquiétude grandissante, celle d’un appauvrissement structurel qui, selon les sages et les économistes, pourrait redessiner la carte sociale de la région.
Dans les villages de Yamoussoukro, Bouaké, ou encore Tiébissou, le paysage est en train de changer, ce ne sont pas les plantations qui s’étendent à perte de vue, mais plutôt des pancartes estempillées « À Vendre » et les bornes de délimitation qui se multiplient. La terre, qui était le bien le plus sacré, le lien entre les vivants et les ancêtres, devient une marchandise comme une autre.
La pression sur la terre baoulée n’est pas un fait nouveau, elle s’est accélérée avec la croissance démographique et l’arrivée massive de migrants agricoles. Cependant, ce qui frappe le citoyen lambda aujourd’hui, c’est la nature du vendeur. Autrefois, on vendait des terres excédentaires ou lointaines, aujourd’hui, ce sont des parcelles familiales entières, parfois les champs de cacao ou de vivriers qui assurent la subsistance, qui sont cédées. A l’analyse plusieurs facteurs expliquent cette urgence.
D’abord la baisse des prix des matières premières agricoles, les aléas climatiques notamment les sécheresses récurrentes, les inondations et le coût de la vie ont fragilisé les revenus des familles. La vente d’un lopin de terre apparaît alors comme la seule solution rapide pour financer une scolarité, des soins de santé ou une cérémonie. Ensuite se pointe l’urbanisation galopante de Yamoussoukro et les projets d’infrastructures ont fait flamber les prix du foncier dans certaines zones.
Des intermédiaires, parfois peu scrupuleux, proposent des sommes alléchantes qui éblouissent les propriétaires. Et enfin la génération des jeunes, plus scolarisée et attirée par la ville, se désintéresse de l’agriculture. Ils voient la terre comme un capital à liquider pour s’installer en ville, plutôt qu’un héritage à préserver et les aînés, affaiblis et sans soutien, cèdent souvent à la pression de leurs propres enfants.