Sommet Russie-Afrique/Quand Poutine met la domination impérialiste aux oubliettes

Une analyse de Kédjébo Kpandji/afriquematin.net

Du 28 au 29 octobre 2026 s’est tenu au centre Gostni Dvor à Moscou, en Russie, le troisième sommet Russie-Afrique, plusieurs délégations venues de quarante-huit (48) pays africains y ont pris part, dont vingt-deux (22) conduites par un chef d’État ou de gouvernement.

 Depuis la première édition de Sotchi en 2019, le Sommet Russie-Afrique s’est imposé comme l’un des rendez-vous diplomatiques les plus scrutés du Sud global. L’édition qui s’est achevée a confirmé une tendance lourde, car Moscou a fait de l’Afrique un pilier de sa diplomatie de rupture avec l’ordre occidental, et le continent, longtemps traité comme un simple théâtre d’affrontement entre grandes puissances, y trouve un espace de négociation inédit.

Puissance autrefois colonisatrice à sa manière dans l’imaginaire de certains États africains, la Russie présente aujourd’hui comme l’avocat d’une Afrique souveraine, débarrassée des tutelles héritées de l’histoire. C’est ce renversement considéré comme réel, instrumentalisé, mais politiquement efficace qu’il faut examiner.

Depuis 2022, les sanctions occidentales ont considérablement réduit les marges de manœuvre économiques et diplomatiques de Moscou en Europe et en Amérique du Nord. Dans ce contexte, l’Afrique représente un triple intérêt, vu que plus d’une cinquantaine d’États membres de l’Onu, refusent de condamner la Russie sur la scène internationale, à ceci, il faut ajouter les ressources minérales, énergie, marchés pour les exportations agricoles et militaires et la possibilité de se poser en alternative à un Occident accusé d’hypocrisie post-coloniale.

 De son côté, le continent africain vit une mutation profonde qui est sa montée en puissance des revendications souverainistes, le rejet croissant des interventions occidentales, diversification des partenariats, notamment la Chine, la Turquie, l’Inde, le Golfe et la Russie). Le sommet s’inscrit dans cette dynamique, plus qu’il ne la crée.

Comme lors des éditions précédentes, le sommet a été l’occasion d’annoncer des volumes d’échanges et des projets ambitieux comme la coopération énergétique, les infrastructures, l’agriculture, les transferts de technologie. La Russie a mis également en avant son expertise dans le nucléaire civil, un domaine où elle dispose d’un avantage comparatif réel face à des concurrents occidentaux plus réticents à financer des projets à long terme sur le continent.

Mais le décalage persiste entre l’ampleur des annonces et leur concrétisation et les échanges commerciaux Russie–Afrique restent modestes au regard de ceux du continent avec la Chine, l’Union européenne ou même les États-Unis. Le sommet produit des cadres, des mémorandums, des commissions mixtes- la traduction en flux réels demeure le point faible.

 Le dossier militaire est le plus sensible, la présence russe en Afrique, via des sociétés de sécurité privées, des accords de coopération, des livraisons d’armes a été au cœur des discussions. Les partenaires africains y voient une alternative aux coopérations occidentales jugées conditionnelles et intrusives, les Occidentaux y voient une déstabilisation.

Le sommet a permis à Moscou de réaffirmer que sa coopération sécuritaire s’inscrit dans le cadre d’accords souverains, sans conditionnalité politique. Une posture qui séduit, mais qui pose la question de la réversibilité. Il y a aussi le volet humanitaire et culturel où la Russie investit massivement dans l’influence culturelle et informationnelle, comme des Bourses d’études, de formations, des médias et de la coopération universitaire.

Les deux parties ont adopté une déclaration finale réaffirmant leur volonté de bâtir un partenariat « mutuellement avantageux, égalitaire et multiforme ». Elle fixe les axes de coopération politique, sécuritaire, économique et scientifique pour les prochaines années.