Vente de terres et de terrains/Un danger à l’horizon au centre de la Côte d’Ivoire

Par Yann Dominique N’guessan/afriquematin.net

Au cœur du grenier agricole ivoirien, une bombe sociale est en train de se former discrètement. Dans les régions du centre du pays le Bélier, le Gbêkê, voire le Hambol, et l’Iffou, une frénésie de transactions foncières s’est emparée des zones rurales et périurbaines.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est intensifié depuis la fin de la crise post-électorale de 2011 et l’essor économique d’Abidjan. La construction de l’autoroute du nord (A3) et le développement des villes comme la capitale politique Yamoussoukro, ou Bouaké ont transformé des terres agricoles en « réserves foncières » pour les promoteurs immobiliers et des terrains-se négocient aujourd’hui à 10 ou 20 millions. Des fonctionnaires, des commerçants, des politiques et des sociétés immobilières rachètent massivement des parcelles. Mais aussi des acteurs étrangers, notamment libanais et chinois, qui voient dans la terre ivoirienne un placement sûr.

Dans le système traditionnel, le chef de terre est le « propriétaire » coutumier, mais, tentés par l’argent facile ou corrompus, beaucoup vendent des terres sans consulter les familles exploitantes ou les ayants droit. Cette frénésie n’est pas un simple marché immobilier, mais plutôt une transformation brutale du tissu social et économique.

 Au centre de la Côte d’Ivoire, la cohabitation entre les autochtones et les allochtones ou les allogènes reposait sur un pacte tacite. La terre se prêtait, elle ne se vendait pas. Aujourd’hui, les ventes massives chassent les exploitants agricoles sans terre. Des familles entières, installées depuis trois générations, se retrouvent du jour au lendemain sans moyen de subsistance, les litiges fonciers explosent. On ne compte plus les affrontements entre « propriétaires » coutumiers, acheteurs urbains et paysans dépossédés, des villages entiers se divisent, et les tribunaux sont submergés.

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Cette partie du pays est aussi une zone de production cruciale pour l’igname, le maïs, le riz et les légumes. En transformant ces terres en lotissements ou en friches spéculatives, on grignote la capacité du pays à se nourrir. Des hectares entiers de terres agricoles fertiles, autrefois dédiées au cacao, au café, à l’igname ou au maraîchage, changent de main à une vitesse vertigineuse.

 Derrière ces ventes, souvent opaques, se cache un cocktail explosif de spéculation, de conflits intercommunautaires et de paupérisation des populations locales. Si rien n’est fait, le centre de la Côte d’Ivoire pourrait devenir le théâtre de violences foncières d’une ampleur inédite.