Journée internationale des personnes disparues : Daloa accueille la 7e édition
Par Franck Elisé Bouabré, correspondant Afriquematin.net
Pour sa 7e édition, la Journée internationale des personnes disparues a quitté Abidjan. Coorganisée par le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), la commémoration s’est tenue à Daloa, le jeudi 3 septembre 2026. Cette décentralisation, une première depuis le lancement de l’initiative en Côte d’Ivoire, a placé la situation des familles de disparus de l’intérieur du pays au cœur des préoccupations humanitaires.

Après six années de commémorations organisées à Abidjan, la place Gbêbani, située à proximité de la Grande Mosquée de Daloa, a accueilli cette première célébration délocalisée de la Journée internationale des personnes disparues. Ce choix, porté conjointement par le CNDH et le CICR, répond à une volonté de rapprocher les institutions des communautés directement confrontées au phénomène des disparitions.En organisant la cérémonie dans le Haut-Sassandra, les deux institutions entendent renforcer la sensibilisation de proximité et favoriser l’expression des familles et des communautés concernées. Devant des autorités administratives, municipales, coutumières et politiques, les échanges ont notamment porté sur la nécessité d’améliorer la recherche des personnes disparues et la coordination des actions.
Selon Fabien Kaufmann, coordinateur du département Protection du CICR, la rapidité dans la collecte des informations et la coordination des interventions constituent des éléments essentiels dans la recherche des personnes disparues. La commémoration a également été marquée par les témoignages de familles venues présenter les photographies de leurs proches disparus.
Contrairement au décès confirmé, qui permet aux proches d’entamer un processus de deuil, la disparition maintient les familles dans une situation d’incertitude, entre l’espoir de retrouver leur proche et la douleur liée à son absence.
Deux témoignages ont particulièrement retenu l’attention de l’assistance. Le premier est celui de Mme Dosso, âgée de 76 ans, qui a évoqué, avec émotion, la disparition de sa fille. Le dernier contact remonte à la période où celle-ci tentait de traverser la Méditerranée. Depuis, la famille est sans nouvelles. Le second témoignage est celui d’Eugène Kouassi, instituteur à la retraite et secrétaire général de l’association locale des familles de disparus. Il a raconté la disparition de son fils, étudiant à Abidjan en 2010. Alors que celui-ci avait pris la route pour fuir la crise postélectorale, il n’est jamais arrivé à destination.
Au-delà de la souffrance psychologique, les familles sont également confrontées à de nombreuses difficultés administratives et juridiques. En l’absence de certificat de décès, les procédures liées aux successions, à la garde des enfants ou encore au remariage peuvent devenir particulièrement complexes.
Me Danyogo Makaya, directrice des requêtes et enquêtes au CNDH, a rappelé l’engagement de l’institution à placer les familles au centre des dispositifs de recherche et d’accompagnement. Elle a notamment annoncé qu’un mécanisme national dédié à la recherche des personnes disparues était actuellement en cours d’élaboration.
Pour le CICR, la recherche des personnes disparues ne relève pas uniquement de l’assistance aux familles. Elle constitue également un enjeu de cohésion sociale et de consolidation de la paix. Fabien Kaufmann a souligné que chaque disparition non élucidée constitue une souffrance durable pour les familles et peut laisser des blessures profondes au sein de la société.
S’appuyant sur l’expérience de plusieurs pays, notamment la Bosnie, Chypre et le Népal, le CICR souligne l’importance d’apporter des réponses aux familles afin de limiter les conséquences sociales et intergénérationnelles des disparitions. À l’inverse, établir la vérité sur le sort des personnes disparues peut contribuer à restaurer la confiance et à favoriser la réconciliation.
La Côte d’Ivoire a enregistré plusieurs avancées dans ce domaine, notamment avec son adhésion, en 2024, à la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, ainsi qu’avec l’adoption de la loi de novembre 2022 relative à l’absence et à la disparition.
Malgré ces avancées, les défis demeurent importants. Les collectivités territoriales, notamment le Conseil régional du Haut-Sassandra et la mairie de Daloa, ont réaffirmé leur soutien aux initiatives visant à renforcer la recherche des personnes disparues et l’accompagnement de leurs familles.
À Daloa, cette 7e édition aura ainsi permis de mettre en lumière une réalité souvent silencieuse : derrière chaque personne disparue se trouvent des familles confrontées à une attente prolongée et à la nécessité d’obtenir des réponses.