Candidat du Pdci-Rda aux élections Législatives du 27 décembre 2025, le maire Denis Kah Zion a gardé le silence depuis lors. Dans cette première partie de cette sortie, il lève un coin du voile sur le champ politique-, sa cohabitation avec la ministre et députée-Rdr-Rhdp, le chantage qu’il subit au quotidien. Il retrace aussi les réalisations et les projections de la Mairie sous sa houlette.
Quelles sont les raisons du silence du maire que vous êtes, depuis le 28 décembre, date de proclamation des résultats des Législatives ?
Je dois dire que nous étions allés à cette élection législative dans un esprit combatif, au nom du Pdci-Rda et surtout pour gagner, parce que nous étions et sommes toujours en phase avec nos parents. Les résultats n’ont pas été ce que nous attendions, pour des raisons évidentes de pratiques non démocratiques. Finalement, nous avions eu en face, pas une adversaire, mais plutôt toute une machine étatique prête à tout. Que fallait-il que je dise après cela qui ne soit déjà connu de tous. Aussi, je me suis donné le temps de faire le débriefing avec mon staff et sans doute après, je pourrai dire quelque chose. Mais, retenez qu’à cette élection, le candidat du parti que je suis n’a pas été défait. Il a perdu devant un système aux mille tentacules.
Pourquoi avez-vous décidé dans la nuit du 27 au 28 décembre d’adresser si vite une lettre de félicitations à votre adversaire Anne Ouloto ?
Le Pdci-Rda est un parti démocratique, qui met en avant les valeurs de paix et de non-violence. Si malgré ce que nous avons vu et vécu à cette élection, j’ai pris sur moi d’appeler mon adversaire du Rdr-Rhdp Anne Ouloto, pour la féliciter, c’est par respect pour la démocratie que nous appelons de tous nos vœux et pour nos parents qui ont voté pour moi et même ceux qui n’ont pas voté pour moi. Vous savez, nous autres qui sommes natifs de ces zones où les crises politico-militaires ont été particulièrement meurtrières, n’avons pas le droit de laisser la moindre étincelle qui pourrait provoquer encore d’autres choses.
Malgré ce qui s’est , mes félicitations à Anne Ouloto auront servi à tous ceux des partis politiques qui m’ont soutenu de ravaler leur dédain et leur colère, pour me suivre sur cette voie du fair-play et de non-violence. Mais retenez que jusqu’à ce jour, elle ne m’a pas fait un petit message en réponse à mes félicitations. Je vois Anne Ouloto en sœur, elle me voit en ennemi. Voyez l’exemple de Toumodi où la ministre Raymonde Goudou a félicité le vainqueur Hervé Alliali. A Toulépleu, ce sera possible aussi un jour avec Kah Zion qui sera aussi félicité par la ministre Anne Ouloto qui perdra.
Monsieur le maire, certaines langues ne parlent de ni paix ni guerre entre vous, et votre sœur la ministre d’Etat Anne Ouloto députée de Toulépleu et présidente du Conseil régional du Cavally. Qu’en est-il exactement ?
Ma réponse est très simple, la ministre d’État, Anne Désirée Ouloto est aujourd’hui la troisième personnalité du Gouvernement ivoirien. Je l’ai même dit dans l’autre message de félicitations que je lui ai adressé après le dernier remaniement ministériel, malheureusement aucune réponse jusqu’à ce jour également.
A ce titre donc, tous, autant que nous sommes, fils et filles de cette Région du Cavally, nous lui devons respect et considération qui n’est pas soumission. Chacun peut avoir ses convictions politiques. J’ai les miennes, elle aussi a les siennes. Et ce que j’ai souvent d’ailleurs admiré chez elle, c’est que même dans les périodes les plus difficiles de l’histoire de son Parti, le Rdr-Rhp, elle est restée campée sur sa position de militante inconditionnelle de ladite formation politique, moi je suis Pdci-Rda, je souhaite seulement que chacun respecte les convictions de l’autre.
Je ne peux pas être d’accord, que de ma position aujourd’hui, on veuille m’obliger à être Rhdp, et que même on me dise dans des réunions politiques entre cadres de la région, -auxquelles j’assiste : « Monsieur le maire, tant que vous ne quittez pas votre parti pour aller au RHDP, Toulépleu ne connaîtra pas un véritable développement. ». Et quand souvent dans les meetings, pendant les campagnes, ils disent : « Il n’est pas RHDP, il ne faut pas le voter parce qu’il n’aura pas les moyens pour travailler », moi j’appelle cela faire de l’injure à la conscience même de nos parents. La population vote pour celui ou celle en qui elle place sa confiance et qui a un bon projet de société. Cette personne, depuis 2013, c’est Denis Kah Zion. On peut ne pas être maire Rdr-Rhdp et développer la commune comme je le fais depuis 2013. Alors qu’on me laisse travailler.
A vous entendre, on vous fait donc du chantage alors, en tant que maire de Toulépleu ?
En tout cas, cela y ressemble « Kah Zion n’est pas Rdr-Rhdp, il ne faut pas le voter, parce qu’il n’aura pas les moyens pour travailler », c’est la triste révélation de ce que les moyens sont mis à la disposition des Communes en fonction du bord politique du maire. Il semble pourtant que ces moyens ne sont pas des dons venant de ce parti, mais la juste répartition de l’argent public, issu des impôts payés par toutes les populations de la Côte d’Ivoire, et pas seulement les militants du Rdr-Rhdp.
Cela illustre une mauvaise redistribution des ressources de l’Etat qui se ferait donc à la tête du client, si cela était vrai. Laissez-moi vous dire que depuis 2013, je reçois le budget à la taille de la commune que je dirige, je ne subis pas de discrimination. Je bénéficie des rallonges budgétaires, quand cela est nécessaire ; les quotes-parts des impôts, j’en reçois comme tous les autres maires de Côte d’Ivoire. De 300 millions en 2013, j’ai aujourd’hui un budget de 1,2 milliard F CFA. Le ministre du Budget et des Finances n’affecte que d’enveloppe budgétaire avec une telle progression à des élus locaux qui travaillent. A Toulépleu mes réalisations sont là, tangibles, palpables, concrètes et, n’obtient pas un troisième mandat qui veut à la tête de la Mairie de Toulépleu.
Alors, peut-on parler de la paix des braves dans cette atmosphère ?
Non, je ne peux parler de paix des braves, mais l’idéal est que chacun protège son parti, que chacun protège son poste électif. Je protège le mien, elle protège le sien. Mais mon souhait est que cela se fasse dans le respect mutuel. Nous étions tous au Golf Hôtel, nous avons tous souffert le martyre. Chacun sait quel soutien il a apporté au président Alassane Ouattara dans sa lutte politique, pour qu’il soit-là où il est depuis 2011.
Aujourd’hui, les gens nous regardent, ceux qui la soutiennent, ceux qui me soutiennent. Ceux-là n’étaient pas tous avec nous hier. Quand ils nous regardent, quelque part, il y a la raillerie. Je travaille pour une commune bien connue de tous, elle travaille pour la Région du Cavally. La cité est dans la Région et je pense que même la gestion de la Région du Cavally devrait positivement impacter la collectivité que je dirige. Malheureusement, par certaines situations que je ne peux vraiment qualifier ici, on n’arrive pas encore à sentir l’impact de la gestion de ma sœur à la tête de la Région dont nous faisons partie intégrante. Les Communes de Guiglo, de Bloléquin, de Taï bénéficient des subventions et autres aides indirectes du Conseil régional. Le Conseil régional soutient toutes les Communes du Cavvally depuis 2018, sauf la Commune de Toulépleu. A chacun d’apprécier tout simplement.
Votre formation politique n’a gagné aucun poste dans votre District aux législatives passées. Les trois postes de député – ont été perdus. Comment expliquez-vous cette situation ?
Cher ami, ainsi va la vie politique sous les tropiques. Le parti au pouvoir se donne -tous les moyens pour s’imposer, surtout à la présidentielle et aux Législatives, avec le Rdr-Rhdp, au pouvoir, l’on constate que la démocratie est désormais le dernier de ses soucis. Nous avons eu plusieurs candidats dans le Cavally, le Guémon et le Tonkpi. Nous avons été tous victimes de son infernale machine électorale. Le Conseil Constitutionnel s’est prononcé et nous avons pris acte. Nous nous organisons déjà pour les prochaines échéances électorales.
Vous avez tenu, le 6 février dernier, la première session du Conseil municipal dans le village de Guiellé. Que peut-on retenir comme grandes décisions prises à cette réunion ?
Dans le programme dit projet de 2026 débattu et adopté à Guiellé, il y a la nouvelle gare routière qui sera construite cette année en face de la place publique. On a aussi le reprofilage lourd de dix (10) kilomètres de route qui va être fait incessamment. En attendant donc le bitume, nous ne pouvons pas laisser nos parents sans voirie viable. Il y a aussi l’extension de l’électrification dans les quartiers de la ville et les villages de la Commune.
Au niveau de l’hydraulique, il y a un travail qui va être fait dans les quartiers pour un meilleur accès à l’eau potable pour tous. Beaucoup de quartiers vont être encore desservis. Et puis l’embellissement de la ville avec un jardin public à créer entre la Mairie et l’hôtel Mougnan. Et un autre entre la Mairie, le Trésor, la Préfecture et l’escadron de la Gendarmerie. En fait, nous avons déjà fait beaucoup dans les villages. Nous serons encore dans les villages avec des foyers des jeunes à construire, l’électrification, des écoles maternelles et des logements des enseignants…
Mais aujourd’hui, notre localité a un nouveau visage avec le bitume de la route internationale qui traverse la ville, la Mairie va, elle aussi, faire un travail de fond. Nous allons donc embellir notre ville à notre manière. Et nous avons dit que 2026, c’est l’année de la salubrité à Toulépleu. C’est tout un programme. Les réalisations du budget d’un milliard 200 millions seront bien perceptibles une fois de plus à partir de cette année 2026.
In Le Nouveau Réveil – Vendredi 27 février 2026 – N°7053

