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La chronique du VP du PDCI Kobenan Tah Thomas/ Le dédoublement institutionnel à l’ivoirienne. Une illusion de modernité.

La Chronique ‘’Les Actualités Politiques Ivoiriennes’’, numéro 32 du mercredi 11 Mai 2022 du Vice-Président du PDCI-RDA Kobenan Tah Thomas

Bonjour chères concitoyennes et chers concitoyens.

Je voudrais d’emblée partager la douleur de l’ensemble de nos concitoyens sur le décès de l’Honorable Amadou Soumahoro, Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire. Certains surnoms le caractérisaient dont « Tchomba » mais surtout « Amadou cimetière ». Le premier de ces deux sobriquets doit certainement être plus affectif que le second qui reste somme toute très anecdotique. Il rappelle en effet sa farouche déclaration selon laquelle ceux qui s’opposent au président Alassane Ouattara vont au cimetière ! Ces épisodes de notre histoire politique ivoirienne sont des passifs à ne ranger dans aucun placard. Le faire, ce serait se donner le temps et l’occasion de les exhumer à tout moment et de nourrir nos mémoires d’une haine indue et du désir de vengeance. Heureusement, la bonne fraternité ivoirienne a réuni adversaires d’hier et compagnons dans un grand hommage de la nation à « Tchomba ». Paix donc à son âme.

 Le dernier rendez-vous manqué de « Tchomba » fut celui de présider le Congrès convoqué par le Chef de l’Etat Alassane Ouattara le 19 avril 2022 à Yamoussoukro. Il fut remplacé par le président du Sénat. Certains y avaient vu un vice de procédures mais le règlement de l’Assemblée Nationale précise bien que c’est le Président de l’Assemblée nationale qui préside le Congrès. Celui-ci est assisté du Président du Sénat, qui en est le vice-Président. C’est probablement du fait de ce statut que le président du Sénat avait présidé le Congrès de Yamoussoukro. Supposons-le, et au diable certains détails !

Si cette tare liée à la stricte application des procédures prescrites a pu trouver une esquive, il n’en a rien été en revanche du discours du Chef de l’Etat. Il est vrai que son discours ne donne lieu à aucun débat mais ceci reste valable que durant la séance du Congrès ! De nombreux points qui constituaient – et qui constituent toujours – des préoccupations importantes pour bon nombre de nos concitoyens n’ont pas été abordés. Ce sont parmi tant d’autres, les suites gouvernementales à donner aux recommandations contenues dans le rapport final du dialogue politique, la réconciliation nationale, les mesures pour résorber la cherté de la vie, etc…

Le discours sur l’état de la Nation du 19 avril 2022 n’aura servi qu’à l’annonce de deux nouvelles. D’une part la reconduction du Premier Ministre Patrick Achi et de l’autre, la nomination d’un Vice-président de la République, en la personne de Monsieur Meyliet Koné en remplacement de Monsieur Daniel Kablan Duncan démissionnaire depuis le 13 juillet 2020.

Sur l’équipe gouvernementale, retenons que le premier gouvernement de Monsieur Patrick Achi comptait 56 membres dont 37 ministres, 1 ministre délégué, 4 Secrétaires d’Etat et 14 ministres gouverneurs qui ne siègent ni au Conseil des ministres ni au conseil de gouvernement. L’équipe renouvelée sous l’argument du besoin de réduire les charges de l’Etat n’aura éliminé qu’une bonne dizaine de ministres. Pas mal ! Elle conserve cependant les 14 ministres gouverneurs.

En outre, de juillet 2020 à avril 2022, soit pendant deux bonnes années, la Nation aura tenu sans un Vice-président de la République ! Si la révision de l’équipe gouvernementale est rendue nécessaire par le besoin de réduire les charges de l’Etat, pourquoi avoir remis en selle un Vice-président maintenant ? Il existe une bonne série de questions dans le même sens. En quoi l’introduction d’une seconde Chambre au Parlement (le Sénat) a-t-elle bonifié la qualité des débats, l’examen des projets et propositions de lois, la procédure d’autorisation de ratification des traités et accords internationaux ? A quel besoin réel répond l’institution de la Chambre des Rois et Chefs Traditionnels quand on sait qu’il existe le Grand Médiateur de la République qui est une institution ? Cette question n’a rien à avoir avec l’utilité essentielle et existentielle des rois et chefs traditionnels dans leurs ressorts territoriaux respectifs. Nous parlons de la doublure institutionnelle que constitue la formalisation de leur Chambre parallèlement à l’existence du Médiateur de la République. C’est tout comme les Conseils régionaux et les 14 gouvernorats ; les limites pratiques de compétences sont difficiles à déterminer.

Ce dédoublement institutionnel donne la bonne illusion de la conduite de réformes de notre Etat mais en termes d’efficacité, nous sommes bien loin du compte.

Merci et à mercredi prochain.

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