Par Iris Fabiola Yaëlle/afriquematin.net
Le samedi 24 octobre 2026, la salle de conférence de Amoa City, a abrité la première édition de la formation des Wawlé Bla. Placée sous le signe de la transmission culturelle et du renforcement des capacités, cette rencontre a porté sur trois thématiques majeures que sont « la place de la femme dans la société baoulé, l’atovlê et la diplomatie coutumière ». Les exposés ont été prononcés par les Professeurs Djê Yobouët Piko et Amoa Urbain.
La première édition de cette formation constitue une initiative novatrice visant à outiller les Wawlé Bla sur les fondamentaux de leur culture et de leur rôle dans la société. En réunissant les participantes dans l’enceinte de la salle de conférence de « Amoa City », les organisatrices ont voulu créer un espace d’échange, d’apprentissage et de valorisation du patrimoine culturel baoulé.
Le premier thème abordé a porté sur la place de la femme dans la société baoulé. À travers son exposé, le Professeur Djê Yobouët Piko a mis en lumière le rôle central et multiforme que joue cette dernière au sein de l’organisation sociale baoulé. « Nous voulons que la femme sache effectivement quel est le rôle qui est le leur pour l’amélioration dans la société. D’abord son acte doit concourir à ramener la paix dans la famille, dans la société. Et à remarquer que toutes les chansons de l’adjanou sont des sons de bénédiction, car la femme est positive », a mis en lumière le professeur de Cafop ».
Dans son exposé, il a démontré que la femme est mère, épouse, éducatrice et conseillère, la femme baoulé occupe une position stratégique dans la transmission des valeurs, la cohésion familiale et la pérennisation des us et coutumes. Sa version a permis de rappeler que, loin d’être reléguée à un rôle secondaire, la femme baoulé constitue un pilier de la communauté, dont l’influence s’exerce tant dans la sphère domestique que dans les affaires publiques et coutumières.
Consacré à l’atovlê, le deuxième thème, a également permis au Professeur Amoa Urbain de revenir sur cette pratique traditionnelle et sur sa signification profonde dans la culture baoulé. Il a expliqué les fondements, les rites et les fonctions sociales de l’atovlê, tout en insistant sur la nécessité d’en préserver l’esprit face aux mutations de la société moderne. « C’est une renaissance de la jeune fille pour dire à la population qu’elle est arrivée à une certaine étape de sa vie, cela ne veut pas dire qu’on la brade et qu’elle peut automatiquement se livrer à toute sorte de pratique non reconnue, non cautionnée par les parents. Là aussi, l’encadrement familial est important jusqu’à ce que cette dernière atteigne – le mariage », a-t-il expliqué.
Les échanges ont mis en évidence l’importance de comprendre l’atovlê non comme un simple fait anecdotique, mais comme un élément structurant de l’identité culturelle baoulé, porteur de valeurs de solidarité, de respect et de cohésion communautaire. Les participantes ont été invitées à devenir des ambassadrices de cet héritage auprès des jeunes générations.
Le troisième volet de la formation a porté sur la diplomatie coutumière, le Professeur Amoa Urbain a exposé les principes et les mécanismes de la diplomatie coutumière, cet art subtil de la médiation et de la résolution pacifique des conflits au sein des communautés. « C’est une science, un art et la femme dans la diplomatie coutumière a un rôle prépondérant. Elle a un principe fondamental qui est que quel que soit le problème qui se pose-, nous devons aller à la recherche du consensus. Parce qu’on part du principe que nous vivons sur le même territoire et que de génération en génération, nos descendants vont vivre sur le même territoire, il faut œuvrer à ce qu’il ait une paix perpétuelle.
Dans certaine culture, c’est la femme qui décide, les conseils de femmes sont au-dessus. La Reine, n’est pas la reine-mère et la reine mère n’est pas forcement la femme du chef. La diplomatie coutumière Les intervenants ont souligné que la diplomatie coutumière repose sur l’écoute, le dialogue, le respect des aînés et la recherche du consensus. Les femmes, en tant que médiatrices naturelles et gardiennes de la paix, ont un rôle déterminant à jouer dans ce dispositif. La formation a ainsi outillé les participantes pour qu’elles puissent contribuer efficacement à la prévention et à la gestion des tensions au sein de leurs communautés », a-t-il évoqué.
A l’initiative de la présidente fondatrice, la ministre Henriette Lagou, cette formation s’inscrivait dans une dynamique de promotion de la femme, non seulement en tant que gardienne des traditions, mais aussi comme actrice à part entière du développement social et communautaire. À l’issue donc des travaux, les participantes ont exprimé leur satisfaction, leur gratitude envers les initiatrices et les conférenciers, appelant de leurs vives voix que ces retrouvailles doivent être pérennisées.
La présidente de la fédération des femmes Wawlé Bla créée depuis 2021, note par ailleurs que leur mission première est de guider les pères, d’aider au développement durable d’un pays. Pour donc atteindre ces objectifs, « nous devons être armées », a-t-elle décidé. Cette sortie, qui est certes récréative, mais aussi instructive ne sera ni la première, ni la dernière. Selon Henriette Lagou, « plusieurs formations qui nous permettront de connaitre suffisamment nos valeurs pour que nous puissions intervenir dans notre société et jouer le rôle réel qui est dévolu à la femme. Car depuis l’aube des temps, c’est la femme qui tient la société », a-t-elle avisé. Ainsi, plus d’une trentaine de participantes qui ont pris part à cette rencontre ont pu mieux appréhender les responsabilités qui leur incombent et les opportunités qui s’offrent à elles pour affirmer leur leadership.

