Franc CFA : une mort qui suscite tant d’interrogations.

Par Léon SAKI – Afrique Matin.Net

Âgé de 74 ans, le franc CFA qui a fait l’objet de débats enflammés et passionnés sur son rôle, son utilité ou sa nocuité pour les économies africaines vient de rendre l’âme, mais après avoir connu la joie de l’enfantement avec la naissance de l’ECO.  

Le combat n’a été que de courte durée et la France, partisane de la « stabilité monétaire du F CFA », a fini par abdiquer, abandonner sa résistance face à la détermination de ceux qui ne voulaient pas de cette monnaie considérée comme une forme de dépendance vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale. Mais contrairement à la ferveur de la bataille pour son épuration, la nouvelle de la mort du F CFA ne suscite aucune jubilation, aucune émotion populaire mais bien d’interrogations. Pourquoi donc ?

Fabriqué à Chamalières, dans le Puy-de-Dôme en France, le F CFA est dorénavant remplacé par l’ECO en Afrique de l’Ouest. L’information conjointement donnée par les présidents ivoirien et français le samedi 21 décembre à Abidjan, semble avoir été pris avec beaucoup de réserve par les anti-CFA, demeurés, pour l’instant, sans réaction et sans joie, dans leur majeure partie. Ce scepticisme béat et désintérêt, pour un événement longtemps désiré, trouve certainement son explication dans la qualité des personnages qui ont fait l’annonce.

En effet, les détracteurs du FCFA accusaient ouvertement la France de refuser de décoloniser et de freiner le développement de ses ex-colonies, par l’instrument qu’est le franc CFA. C’est donc un outil d’appauvrissement pour l’Afrique et d’enrichissement pour la France à travers son implication dans sa fabrication et dans sa gestion. C’est pourquoi l’information de la fin du FCFA par Macron et le président ivoirien, un autre coéquipier de la France dans la défense du FCFA, n’a certainement pas ému les populations africaines.

Beaucoup sont surpris que Ouattara qui s’est plus souvent illustré comme un défenseur farouche du FCFA en procédant récemment au rapatriement manu-militari de Kémi SEBA et très opposé à la réforme de cette monnaie se transforme subitement en mandataire des nouvelles réformes.

« Avait-il mandat de ses pairs de l’Uemoa pour que, seul devant Macron, sans la présence d’un autre président africain, il fasse une annonce qui va impacter la vie de millions d’africains ? », s’est interrogé Sylvain Debailly.

Par contre, si cette annonce avait été faite par le président Béninois Talon, reconnu comme un détracteur du FCFA, l’événement aurait pris l’allure d’une victoire.

Cela expliquerait-il cette absence d’enthousiasme ? Pas tout à fait parce que les revendications portant sur le FCFA relève plus du fond que de la forme. Le changement de nom est-il accompagné des reformes tant souhaitées ?

Selon le président français, la naissance de l’ECO marquera la fin de la centralisation obligatoire des réserves de changes en France (cela représentait 50%) en actant la suppression du mécanisme des comptes d’opération. En outre, la France ne siégera plus dans aucune des instances de gouvernance de L’UNION (UEMOA). Plus spécifiquement, elle ne nommera plus de représentant aux conseils d’administration, au comité politique monétaire de la banque centrale ni à la commission bancaire de l’union.

Cette réforme en deux points suffit-elle pour convaincre les Africains sur le désengagement définitif de la France vis-à-vis du FCFA? Pourquoi une initiative de l’ensemble des pays de la CEDEAO est-elle ramenée aux seuls membres de l’UEMOA? Tant d’interrogations auxquelles devront répondre les économistes africains.

Dans tous les cas, la fin du FCFA est une victoire qui annonce d’autres combats, d’où la nécessité pour les Africains de demeurer mobilisés.

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