Une réflexion de Ablizangoh Wakatê/afriquematin.net
Depuis la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, une thèse circule avec insistance dans les débats publics, celle d’un complot de puissances étrangères visant à « détruire » ces États.
Née de la volonté des régimes militaires de Ouagadougou, Bamako et Niamey de s’affranchir de certaines tutelles extérieures, l’Alliance des États du Sahel s’est construite sur un discours de rupture avec la France, la Cédéao et avec les modèles de coopération hérités de la période postcoloniale.
Cette posture souverainiste, couplée à des alliances nouvelles avec la Russie et d’autres partenaires, a profondément modifié l’équilibre géopolitique régional. Elle a aussi suscité des inquiétudes chez plusieurs acteurs internationaux, qu’il s’agisse d’anciennes puissances coloniales, d’organisations régionales ou de partenaires économiques dont les intérêts se trouvent bousculés.
Les défenseurs de l’idée d’une volonté étrangère de déstabilisation mettent en avant plusieurs éléments, notamment les sanctions et pressions économiques, les accusations de soutien au terrorisme, les campagnes d’information où la guerre informationnelle fait rage, avec des accusations croisées de désinformation et de manipulation de l’opinion, sans toutefois ignorer les tentatives de déstabilisation internes, colorées par des putschs déjoués et des tensions sécuritaires qui sont parfois présentés comme les fruits d’ingérences extérieures.
Aussi, plusieurs facteurs objectifs expliquent les tensions entre l’AES et certaines puissances étrangères, entre autres la recomposition des alliances. Le rapprochement de ces pays avec la Russie, surtout le groupe Wagner devenu Africa Corps, a modifié les équilibres sécuritaires. Les puissances occidentales, qui disposaient de bases et de coopérations militaires dans la région, ont vu leur influence reculer, ce qui nourrit des tensions réelles.
Le Sahel regorge de ressources minières stratégiques particulièrement l’or, l’uranium, le lithium qui sont convoitées par de nombreux acteurs. Le Niger, premier fournisseur d’uranium de l’Union européenne avant le coup d’État de 2023, illustre cette compétition pour l’accès aux matières premières critiques. Il y a aussi les intérêts économiques et commerciaux, dont leurs réorientations diplomatiques affectent des contrats et des positions d’influence établis de longue date ; ce qui peut susciter des résistances de la part des acteurs concernés.
La confédération incarne un modèle de rupture qui inspire d’autres mouvements souverainistes en Afrique de l’Ouest. Sa réussite ou son échec est observé comme un test de la viabilité d’une émancipation vis-à-vis des puissances traditionnelles. Si des pressions et des intérêts étrangers existent bel et bien, la thèse d’une volonté concertée de « détruire » ces Etats relève davantage de la rhétorique politique que d’une réalité démontrée.

