Par Franck Elisé Bouabré, correspondant Afriquematin.net
La quatrième édition du Festival national des jeux traditionnels (FNJT), tenue les 2 et 3 octobre 2026 à Daloa, a mis en avant les enjeux liés à la sauvegarde et à la valorisation du patrimoine ludique ivoirien. Au-delà du divertissement, les jeux traditionnels sont présentés comme un moyen de transmission culturelle, de cohésion sociale et un potentiel levier de développement d’activités économiques, notamment au profit des jeunes.
La manifestation a réuni 36 délégations venues de différentes régions de Côte d’Ivoire, autour de jeux, danses et autres pratiques culturelles. Cette participation a permis de mettre en lumière la diversité des expressions ludiques et culturelles du pays, tout en favorisant les échanges entre les différentes communautés.
Lors de la cérémonie officielle, le ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique, Mamadou Touré, a insisté sur les opportunités économiques que peut offrir la valorisation des jeux traditionnels.
Selon lui, les ateliers, rencontres et manifestations consacrés à ces pratiques peuvent contribuer à créer des activités pour les jeunes, les artisans, les associations et les prestataires de services. L’accueil des visiteurs, la restauration, l’hébergement, l’animation culturelle ou encore la conception d’offres touristiques figurent parmi les secteurs susceptibles de bénéficier de cette dynamique.
« De la formation à l’action, de l’idée à l’entreprise, nos jeunes peuvent trouver ici des occasions de mettre leur talent au service de leur territoire », a déclaré le ministre. Il a toutefois relevé la nécessité de renforcer les compétences, la qualité des prestations et l’organisation des initiatives afin de permettre leur développement durable.
La directrice générale des Loisirs, Isabelle Anoh, a, de son côté, insisté sur la nécessité d’associer davantage les jeunes à la sauvegarde de ce patrimoine.
« Ces jeux ne survivront (…) que si nos jeunes s’en emparent », a-t-elle déclaré. Elle a annoncé l’installation de 50 clubs de jeux traditionnels dans des lycées et collèges du pays, dont 10 à Daloa.
Les autorités envisagent également la digitalisation de certains jeux traditionnels. L’objectif est notamment de favoriser leur transmission à travers des supports et usages familiers aux jeunes générations.
Depuis 2017, une étude socio-anthropologique a permis de recenser 428 jeux traditionnels et variantes à travers la Côte d’Ivoire. Leur classification en différentes familles se poursuit afin de faciliter leur documentation, leur sauvegarde et leur promotion.
Représentant la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, le directeur de cabinet Hien Sié a relevé la dimension éducative et culturelle des jeux traditionnels. Ces pratiques constituent, selon lui, des supports de transmission des valeurs, de dialogue entre les générations et de connaissance des racines culturelles.
Leur promotion peut également contribuer au développement des industries culturelles et créatives et renforcer l’attractivité touristique des territoires.
Le ministre du Tourisme et des Loisirs, Siandou Fofana, a, pour sa part, souligné la richesse des savoirs et connaissances associés aux jeux traditionnels. Leur transmission aux jeunes constitue, selon lui, un enjeu important pour la préservation du patrimoine culturel ivoirien.
La quatrième édition du FNJT a également été marquée par la remise du premier Prix Gala Bi Tizié de la meilleure région promotrice des jeux traditionnels.
La région du Cavally a remporté cette distinction, dotée d’une enveloppe de un million de francs CFA. Le trophée a été remis à une représentante du Conseil régional par le ministre Siandou Fofana au cours de la cérémonie officielle.
Le prix rend hommage au professeur Gala Bi Tizié, ancien directeur de la valorisation, de la formation et de la promotion des jeux traditionnels, décédé le 24 septembre 2026. Ses travaux ont contribué à la connaissance et à la sauvegarde du patrimoine ludique ivoirien.
À travers cette quatrième édition, le Festival national des jeux traditionnels entend ainsi inscrire la sauvegarde de ce patrimoine dans une approche associant culture, éducation, jeunesse et développement local.
La préservation des jeux traditionnels ne se limite plus à leur conservation dans la mémoire collective. Elle implique également leur transmission aux nouvelles générations, leur intégration dans les activités culturelles et touristiques, leur professionnalisation et leur adaptation aux nouveaux usages.
À Daloa, le FNJT a ainsi mis en évidence un double enjeu : préserver une composante de la mémoire culturelle ivoirienne et créer, autour de ce patrimoine, des opportunités pour les jeunes et les acteurs économiques et culturels locaux.

