Par Ablizangoh Wakatê/afriquematin.net
Le Pdci-Rda traverse l’une des périodes les plus troubles de son histoire récente. Entre crise de leadership, brouilles avec les alliés et question existentielle sur sa place dans le jeu politique ivoirien, le parti semble chercher sa voie, mais au-delà des apparences, de quoi souffre-t-il réellement ?
Le mal le plus profond qui ronge le Pdci-Rda est sans conteste la question de la succession d’Henri Konan Bédié. Pendant des décennies, le parti s’est identifié à son leader charismatique, créant un vide immense après sa disparition. L’élection de l’ancien directeur général du Crédit Suisse, Tidjane Thiam à la tête de cette formation politique au mois de décembre 2023, a été perçue comme une bouffée d’air frais par les uns, mais a également suscité des frustrations chez les caciques historiques qui attendaient leur tour.
Cette transition, bien que démocratique en apparence, a révélé des fractures profondes, notamment entre une vieille garde attachée aux valeurs et aux méthodes du passé, et une nouvelle génération avide de modernité et de renouveau. Plusieurs barons du parti n’ont pas digéré son arrivée et attendent le moindre faux pas pour reprendre la main.
Le Pdci-Rda souffre également d’une instabilité chronique dans ses alliances politiques parce que l’histoire récente du parti est marquée par une valse-hésitation après l’alliance avec le Rdr-Rhdp, où il a claqué la porte, dénonçant une mise sous tutelle et une marginalisation de son influence.
L’idée d’une alliance avec le PPA-CI de Laurent Gbagbo a été évoquée, testée, puis abandonnée, créant une confusion certaine chez les militants. Aujourd’hui, le Pdci-Rda semble « naviguer » à vue, sans stratégie claire d’alliance pour les échéances électorales à venir. Cette indécision permanente lasse les militants et affaiblit la crédibilité du parti.
Fondé sur l’héritage du “houphouétisme”, prônant le dialogue, la paix et l’ouverture, le Pdci-Rda semble avoir perdu son ADN politique, car le parti est tiraillé entre certains membres qui prônent une opposition frontale et systématique au pouvoir en place, et d’autres, peinent à se projeter dans une opposition durable et constructive. Cette perte de repères idéologiques rend le discours du parti peu audible auprès des jeunes électeurs, qui peinent à discerner sa spécificité par rapport aux autres formations politiques.
Dans un paysage politique ivoirien en pleine mutation, le Pdci-Rda souffre d’un déficit d’image et de communication, où les prises de parole des dirigeants manquent souvent de souffle et de propositions concrètes pour l’avenir.

