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Coopération/Traités de pauvres, l’Europe refuse de lâcher prise sur les pays de l’AES

Par Ablizangoh Wakatê/afriquematin.net

Depuis leur coup d’éclat collectif et la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont devenus un casse-tête géopolitique pour l’Europe.

Le discours officiel européen, souvent paternaliste, les décrit comme des « épicentres de la pauvreté », des « États fragiles » dépendants de l’aide internationale, pourtant, ce sont précisément ces « pauvres » qui, aujourd’hui, osent défier leurs anciens partenaires, expulser les ambassadeurs français, tourner le dos à la Cédéao, considérée comme un satellite européen et négocier en position de force avec de nouveaux acteurs comme la Russie. Ce paradoxe soulève une question brûlante, « pourquoi des nations que l’on dit économiquement exsangues « quittent-elles » la sphère d’influence européenne ?

D’abord, l’argument principal de l’Europe pour maintenir son emprise était l’aide au développement. L’Union européenne et ses États membres ont injecté des milliards d’euros au Sahel depuis 2010. Mais le bilan est désastreux, car la pauvreté a explosé, le terrorisme s’est étendu du nord du Mali jusqu’au golfe de Guinée, et les inégalités se sont creusées.

Les régimes de l’AES ont compris que l’aide n’était pas un investissement dans leur développement, mais une rente de situation pour maintenir un statu quo favorable aux intérêts européens, notamment la sécurisation des flux migratoires, l’accès aux matières premières, sans oublier le chantage migratoire.  L’Europe a conditionné son aide à la coopération des pays sahéliens pour bloquer les migrants et considèrent cela comme une humiliation.

Il y a l’ingérence sécuritaire, Barkhane et la force Takuba étaient présentées comme une protection. Pour les populations et les militaires de l’AES, c’était une occupation déguisée qui échouait à protéger les civils. En refusant cette aide, les pays de l’Alliance ne se privent pas de ressources ; elle rompt plutôt un contrat de dépendance et le calcul est brutal, mieux vaut une pauvreté souveraine qu’une prospérité sous tutelle.

Ensuite, la richesse invisible, le capital patriotique » et les ressources stratégiques. Les Européens regardent le PIB par habitant de ces pays qui est parmi les plus bas du monde et concluent à leur insignifiance. Ils oublient que la pauvreté monétaire n’est pas la pauvreté stratégique.

En premier, l’Uranium du Niger, ce pays possède l’un des sous-sols les plus riches en uranium du monde. C’est le carburant des centrales nucléaires françaises (Orano/Areva). En chassant les Français et en renégociant les contrats avec la Russie ou l’Iran, le Niger prive l’Europe d’une énergie bon marché. Le pays est « pauvre » en apparence, mais il tient une clé énergétique de l’Europe.

Pour l’Europe, le Niger n’est pas un pays pauvre, c’est une réserve stratégique à bas coût. L’uranium y est extrait par des entreprises françaises avec une main-d’œuvre locale sous-payée, dans des conditions environnementales désastreuses, et revendu à prix d’or sur le marché européen. Et si l’Europe quitte totalement le Niger, elle laisse le champ libre à la Russie (Rosatom) ou à l’Iran. Perdre le contrôle de l’uranium nigérien, c’est perdre une partie de sa souveraineté énergétique. Les « poids morts » ont donc un sous-sol bien vivant. Secondo, l’Or du Mali et du Burkina, ces deux nations sont de grands producteurs d’or et plusieurs compagnies occidentales y réalisent des marges colossales.

Quitter le Sahel, c’est admettre que dix (10) ans de guerre antiterroriste ont été un échec cuisant. Pour les armées européennes, notamment française, c’est une humiliation stratégique. Elles préfèreraient rester, même en position de faiblesse, pour sauver les apparences et tenter de contrôler les dégâts. Et depuis la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et l’expulsion des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, un discours paradoxal domine dans les capitales européennes.

Ces européens qualifient ces nations de « poids morts » -d’États faillis, dépendants de l’aide, instables et sans avenir économique, pourtant, malgré cette condescendance affichée, l’Europe ne part pas. Au contraire, elle tente par tous les moyens, diplomatiques, économiques, médiatiques de vouloir maintenir une influence, de conserver des canaux de dialogue et de freiner l’hémorragie géopolitique.

 

 

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