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Cédéao-AES/La cohabitation serait-elle possible ?

Une analyse de Kédjébo Kpandji/afriquematin.net

Depuis la décision, au mois de janvier 2024, du Burkina Faso, du Mali et du Niger de quitter la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), puis la création, au mois de juillet 2024, de la Confédération des États du Sahel (AES), la question d’une éventuelle cohabitation entre les deux ensembles régionaux ne cesse de diviser et d’interroger.   La cohabitation entre ces deux entités est-elle réellement envisageable ?

 Le retrait des trois pays sahéliens de l’institution sous-régional, annoncé le 28 janvier 2024, a constitué un séisme dans l’architecture régionale ouest-africaine. Officiellement, ce retrait devait devenir effectif le 29 janvier 2025, conformément aux dispositions du traité révisé de la Cédéao. Toutefois, la mise en œuvre de ce divorce s’est heurtée à de nombreux obstacles pratiques, comme les flux commerciaux, la libre circulation des personnes, la coopération sécuritaire, les dossiers judiciaires en cours.

Entre-temps, les trois États ont consolidé leur alliance au sein de l’AES, signant une charte, créant une force conjointe de lutte contre le terrorisme et envisageant une intégration économique et monétaire plus poussée. Cette dynamique a renforcé la position des régimes militaires de Ouagadougou, Bamako et Niamey face aux pressions de la Cédéao, qui a longtemps menacé d’intervention militaire au Niger avant de se résoudre à la négociation.

 Malgré les déclarations de rupture, plusieurs facteurs plaident en faveur d’une cohabitation, voire d’une réintégration progressive, vu que les trois pays de l’AES restent profondément liés aux autres économies de l’organisation, notamment à travers les corridors commerciaux. Au chapitre des autres facteurs, figurent également la lutte contre le djihadisme au Sahel qui dépasse les frontières, et donc une coopération entre les deux « confréries », même informelle, apparaît indispensable pour éviter un vide sécuritaire aux conséquences régionales. Il y a aussi l’Union africaine, les Nations unies et les partenaires internationaux qui encouragent un dialogue constructif plutôt qu’une rupture définitive, sans toutefois ignorer les obstacles persistants qui rendent la cohabitation difficile.

L’AES prône une souveraineté affirmée, un rejet des modèles occidentaux, tandis que la Cédéao maintient des partenariats forts avec l’Union européenne, les institutions financières internationales et le projet d’une monnaie commune de la Confédération, évoqué à plusieurs reprises, pourrait fragiliser le franc CFA. Ce qui pourrait créer un précédent dangereux pour l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

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