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Afrique de l’Ouest/Ousmane Sonko, Ibrahim Traoré, Assimi Goïta et Abdourahamane Tiani, une génération politique révolutionnaire

Par Ablizangoh Wakatê/afriquematin.net

L’Afrique de l’Ouest traverse depuis le début des années 2020 une transformation politique majeure. Face à la montée de l’insécurité, à la défiance envers les élites traditionnelles, aux critiques du franc CFA et à la remise en cause de l’influence occidentale, une nouvelle génération de dirigeants s’est imposée au centre du débat politique continental.

Parmi les figures les plus emblématiques de cette période figurent Ousmane Sonko, Ibrahim Traoré, Assimi Goïta et Abdourahamane Tiani. Malgré des parcours différents, ils incarnent une même dynamique, la revendication de souveraineté, la critique de l’ordre politique hérité de la période postcoloniale et la volonté de redéfinir les relations entre l’Afrique et le reste du monde.

Pendant plusieurs décennies, les systèmes politiques ouest-africains ont été dominés par des partis historiques, souvent accusés de clientélisme, de corruption et de dépendance économique vis-à-vis des anciennes puissances coloniales.

La nouvelle génération de dirigeants a émergé dans un contexte marqué par l’insatisfaction populaire face aux résultats économiques, la progression des groupes djihadistes et terroristes au Sahel, la contestation croissante du franc CFA, la défiance envers les institutions régionales comme la Cédéao et l’essor des réseaux sociaux comme outil de mobilisation politique.  Et ces dirigeants ont bâti leur légitimité sur un discours de souveraineté nationale et de réappropriation des ressources africaines.

 Ousmane Sonko, le révolutionnaire par les urnes

  Ancien inspecteur des impôts devenu l’une des figures les plus influentes de la politique sénégalaise, Ousmane Sonko reste une figure emblématique du parti Pastef, il s’est imposé comme le principal opposant au régime de Macky Sall. Son ascension repose sur plusieurs lignes notamment la lutte contre la corruption, la souveraineté économique, la réforme des institutions, la révision des accords avec les partenaires étrangers et la promotion d’un panafricanisme moderne.

Ousmane Sonko reste une figure emblématique du parti Pastef

L’élection de Bassirou Diomaye Faye en 2024 a été largement perçue comme une victoire du projet politique porté par Sonko. Celui-ci a ensuite dirigé le gouvernement avant d’être écarté de la primature en 2026 dans un contexte de tensions internes au sommet de l’État. Contrairement aux dirigeants sahéliens issus de coups d’État, Sonko représente une voie de transformation politique fondée sur la mobilisation populaire et les mécanismes électoraux.

 Ibrahim Traoré, le symbole d’un panafricanisme radical

À seulement 34 ans lors de sa prise de pouvoir en 2022, Ibrahim Traoré est devenu l’un des dirigeants les plus populaires du continent. Officier de carrière engagé dans les opérations contre les groupes armés, il a justifié son arrivée au pouvoir par l’incapacité des autorités précédentes à enrayer l’insécurité. Son image est fortement associée à celle de Thomas Sankara, dont il reprend certains symboles et références idéologiques.

Ses principaux axes politiques sont la souveraineté nationale, la réduction de l’influence étrangère, le renforcement des capacités militaires, la valorisation des ressources nationales et l’intégration régionale sahélienne. Il bénéficie d’un soutien important parmi la jeunesse africaine, qui voit en lui un dirigeant capable de défier les rapports de force traditionnels. Toutefois, ses détracteurs soulignent les défis persistants en matière de sécurité et de gouvernance.

Assimi Goïta, l’architecte de la transition malienne

 Officier des forces spéciales maliennes, Assimi Goïta a joué un rôle central dans les événements de 2020 ayant conduit à la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta. Son parcours militaire est marqué par une longue expérience dans les zones de conflit du nord et du centre du Mali. Après plusieurs réorganisations institutionnelles, il est devenu le principal dirigeant de la transition malienne.

Sous sa direction, le Mali a réorienté sa politique étrangère, a réduit sa coopération militaire avec plusieurs partenaires occidentaux, tout en renforçant ses liens avec de nouveaux partenaires stratégiques ; il a participé à la création de l’Alliance des États du Sahel (AES). Il apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux artisans de la recomposition géopolitique du Sahel. Nationaliste pragmatique. Moins flamboyant que Traoré, Goïta a construit une transition longue, écartant la France (départ de Barkhane) et se tournant vers la Russie (Wagner/Africa Corps), restant ainsi le doyen de cette génération.

Abdourahamane Tiani, le stratège de la souveraineté nigérienne

Ancien chef de la garde présidentielle du Niger, Abdourahamane Tiani est arrivé au pouvoir après les événements de juillet 2023 qui ont renversé le président Mohamed Bazoum. Son discours repose également sur plusieurs piliers comme la souveraineté nationale, la maîtrise des ressources stratégiques, la sécurité régionale et la coopération renforcée avec le Mali et le Burkina Faso. Le chef de l’Etat nigérien est devenu l’un des visages les plus visibles du mouvement souverainiste sahélien. Avec Assimi Goïta et Ibrahim Traoré, il forme un trio politique qui cherche à construire une alternative aux cadres régionaux traditionnels.

 L’une des réalisations politiques majeures associées à cette génération est la création de l’Alliance des États du Sahel par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette alliance poursuit plusieurs objectifs que sont la coopération militaire, la coordination diplomatique, l’intégration économique et le renforcement de la souveraineté régionale.

La création de la Confédération des États du Sahel en 2024 a marqué une étape importante dans cette dynamique. Pour ses partisans, l’AES constitue une réponse africaine aux défis sécuritaires et économiques du Sahel. Pour ses critiques, elle reste confrontée à des défis institutionnels et financiers considérables.

 La popularité de Sonko, Traoré, Goïta et Tiani reflète une aspiration profonde des populations ouest-africaines à davantage de souveraineté, de justice sociale et de contrôle sur les ressources nationales. Ces quatre personnalités ont déjà marqué l’histoire politique contemporaine de l’Afrique de l’Ouest. Elles incarnent une génération qui remet en cause les équilibres hérités de l’après-indépendance et qui cherche à construire un nouveau récit politique fondé sur la souveraineté, l’identité africaine et l’autodétermination.

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